Un tour des moulins à vent de la Hollande-Septentrionale
En quittant Amsterdam vers le nord, le paysage se transforme en une demi-heure à peine en une grille de canaux parfaitement rectilignes, de pâturages et, ici et là, de groupes de moulins à vent montant la garde à l'horizon. C'est la Hollande-Septentrionale, une province où le sol sous les pieds fut, en bien des endroits, autrefois de l'eau libre. Le moulin à vent n'a pas seulement orné ce paysage, il l'a construit, asséchant des lacs pour créer des terres agricoles et, dans la région du Zaan, broyant, sciant et pressant des matières premières pour l'une des toutes premières économies industrielles d'Europe. Parcourir les moulins de la Hollande-Septentrionale, c'est en réalité suivre deux traditions de moulins à vent qui ont coexisté pendant des siècles : le drainage et l'industrie.
Une province arrachée à l'eau
Une grande partie de la Hollande-Septentrionale se trouve sous le niveau de la mer, protégée par des digues et des dunes, et maintenue au sec uniquement grâce à un pompage constant. Bien avant l'invention des pompes à vapeur ou électriques, cette tâche revenait entièrement au vent. Dès la fin du Moyen Âge, et à un rythme accéléré au dix-septième siècle, les Néerlandais ont mis au point un système pour transformer des lacs peu profonds en terres cultivables : entourer le lac d'un canal annulaire et d'une digue, puis utiliser des moulins à vent pour extraire l'eau du bassin lacustre et la refouler vers le canal environnant, d'où elle pouvait finalement rejoindre la mer ou un réservoir plus vaste. La terre ainsi gagnée, située plus bas que l'eau qui l'entourait, était appelée droogmakerij, un polder asséché. La Hollande-Septentrionale conserve certains des plus beaux exemples de cette pratique dans tout le pays.
Le Beemster, un assèchement emblématique
Parmi les premiers et les plus célèbres de ces projets figure le Beemster, un lac situé au nord d'Amsterdam qui fut asséché au début du dix-septième siècle. Le projet se distingue non seulement par son ampleur mais aussi par la rigueur de sa planification : le polder gagné fut organisé selon une grille rationnelle de routes, de canaux et de champs rectangulaires, une rupture nette avec les implantations organiques et non planifiées typiques de l'époque. Cette clarté géométrique, associée à la préservation de ses fermes et villages historiques, a valu par la suite au Beemster d'être inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO. L'assèchement du Beemster reposait sur des chaînes de moulins à vent fonctionnant sans relâche pour garder au sec les terres nouvellement exposées, un schéma qui allait se répéter dans toute la province.
Jan Adriaenszoon Leeghwater et l'ingénierie de la terre ferme
Aucun nom n'est plus étroitement associé aux projets d'assèchement de la Hollande-Septentrionale que celui de Jan Adriaenszoon Leeghwater, ingénieur hydraulique et charpentier de moulins dont le nom de famille signifie d'ailleurs, opportunément, à peu près "eau vide". Leeghwater participa à l'assèchement du Beemster et travailla plus tard sur le Schermer, un autre grand lac situé au nord d'Alkmaar, gagné sur l'eau dans les décennies suivantes. Sa méthode reposait sur des chaînes de moulins, appelées molengangen, disposées pour élever l'eau par étapes plutôt qu'en une seule fois. Un moulin unique ne pouvait élever l'eau que sur une hauteur limitée avant de perdre en efficacité ; les ingénieurs disposaient donc plusieurs moulins en série : le premier élevait l'eau du fond du polder vers un niveau intermédiaire, un second l'élevait davantage, et ainsi de suite jusqu'à ce que l'eau atteigne le boezem, le réseau régional de canaux qui se déversait finalement dans la mer ou dans ce qui est aujourd'hui l'IJsselmeer. Plusieurs moulins de drainage historiques du Schermer subsistent aujourd'hui près de Schermerhorn, toujours disposés le long des tracés choisis par leurs bâtisseurs il y a quatre siècles.
À l'intérieur d'un moulin de polder
Les moulins de drainage de la Hollande-Septentrionale sont généralement des moulins-tours octogonaux, leur corps de bois ou de chaume monté sur une base de brique ou de charpente et coiffé d'une calotte pivotante permettant aux ailes de faire face au vent. Faire pivoter la calotte, ou dans les modèles plus anciens le corps entier du moulin monté sur pivot, était un travail manuel exigeant, accompli par le meunier à l'aide d'une longue perche, et devait être répété à chaque changement de vent. À l'intérieur, la rotation des ailes entraînait un arbre horizontal relié par des engrenages de bois soit à une roue à augets, essentiellement une roue à aubes projetant l'eau vers le haut et vers l'extérieur, soit à une vis d'Archimède, un grand dispositif en forme de tire-bouchon qui faisait remonter l'eau le long d'un canal incliné. Les meuniers devaient aussi prendre des ris, c'est-à-dire enrouler ou dérouler la toile sur les cadres à claire-voie en bois, pour adapter la puissance du moulin à la force du vent et à la quantité d'eau à déplacer.
Les moulins industriels de la région du Zaan
Tandis que les moulins de drainage maintenaient les terres au sec, un autre type de moulin à vent a fait de la Hollande-Septentrionale une puissance industrielle précoce. Le Zaanstreek, la région bordant la rivière Zaan juste au nord d'Amsterdam, a accueilli à partir du dix-septième siècle une concentration extraordinaire d'usines actionnées par le vent. Abritée de la mer ouverte mais proche du port et des chantiers navals d'Amsterdam, la région du Zaan utilisait les moulins à vent non pas pour pomper l'eau mais pour entraîner des machines : des scies qui débitaient en planches le bois importé destiné à la construction navale, des pilons qui pressaient l'huile de graines comme le colza ou le lin, des moulins qui broyaient des pigments pour la peinture, et d'autres encore qui produisaient du papier, de la moutarde ou des épices. Comme ces moulins industriels devaient capter le plus de vent possible au-dessus des bâtiments environnants, ils étaient souvent construits plus hauts que les moulins de drainage, sur de solides bases de brique. Pendant un temps, la région du Zaan aurait abrité l'une des concentrations de moulins à vent les plus denses au monde, alimentant directement l'économie néerlandaise de construction navale et de commerce de l'époque.
Zaanse Schans et les moulins encore en activité
Aujourd'hui, une grande partie de cet héritage industriel est rassemblée et préservée au Zaanse Schans, un village-musée en plein air sur les rives du Zaan, où des maisons, entrepôts et moulins historiques de toute la région ont été déplacés et restaurés. Plusieurs de ses moulins restent pleinement opérationnels, actionnés par des meuniers qui orientent encore les ailes face au vent exactement comme leurs prédécesseurs. Un moulin à peinture continue de broyer des pigments, un moulin à huile presse des graines à peu près comme il y a des siècles, et un moulin à moutarde moud les graines selon la méthode traditionnelle, les produits finis étant vendus sur place. Voir les grandes ailes tourner au-dessus tandis que les engrenages grincent et broient en dessous donne une idée bien plus concrète du fonctionnement de ces machines qu'aucune photographie ne pourrait offrir, et c'est l'une des raisons pour lesquelles les moulins du Zaan demeurent une étape si prisée des visiteurs sur les traces de l'histoire de l'énergie éolienne néerlandaise.
La préservation d'un paysage transformé
Les moulins qui subsistent aujourd'hui en Hollande-Septentrionale ne sont que le reste d'un ensemble bien plus vaste. Lorsque la vapeur, puis les pompes électriques et diesel, ont pris le relais du drainage aux dix-neuvième et vingtième siècles, la plupart des moulins de polder ont perdu leur fonction d'origine, et beaucoup ont été démontés ou laissés à l'abandon. Les moulins industriels du Zaanstreek ont subi la même pression lorsque des usines à vapeur ont remplacé celles actionnées par le vent. Les moulins encore debout doivent leur survie à un mélange de fierté locale, de protection du patrimoine et du travail délibéré consistant à déplacer les moulins menacés vers des sites plus sûrs comme le Zaanse Schans. Beaucoup sont désormais classés monuments nationaux, entretenus par des meuniers dévoués et des associations bénévoles qui gardent les ailes en mouvement bien que les moulins n'aient plus besoin de tourner pour gagner leur vie. Cet entretien n'a rien d'anodin : les toits de chaume doivent être renouvelés périodiquement, les engrenages de bois remplacés selon les techniques d'origine, et les ailes elles-mêmes nécessitent une prise de ris et des réparations régulières, des savoir-faire aujourd'hui activement transmis pour que la tradition ne s'éteigne pas avec la dernière génération de meuniers de métier.
Sur la carte
La Hollande-Septentrionale mérite un itinéraire lent plutôt qu'une halte unique, car ses moulins de drainage et ses moulins industriels se trouvent dans des coins différents de la province et racontent chacun une moitié de la même histoire. La map interactive réunit les moulins à vent de la région afin de voir comment les moulins industriels du Zaanstreek se rattachent aux chaînes de drainage autour du Beemster et du Schermer, et de tracer un itinéraire reliant polder, usine et eau libre en une seule journée.