Un tour des moulins à vent de Crète
En arrivant en Crète, ce sont d'abord les montagnes qui s'imposent au regard, bien avant le littoral: les Montagnes Blanches à l'ouest, le Psiloritis au centre, le massif du Dikti à l'est. Nichée dans un bassin d'altitude au pied du Dikti se trouve la plaine du Lassithi, et pendant des générations, ce qui frappait d'abord les visiteurs n'était pas les champs de pommes de terre et de pommiers, mais les voiles qui les dominaient. Des milliers de petits moulins à vent, leurs triangles de toile captant le souffle des sommets alentour, tournaient presque sans relâche pour puiser l'eau des puits et irriguer la plaine en contrebas. Cette image, plus que toute autre, est ce que l'on évoque en parlant des moulins de Crète, mais elle ne constitue qu'une strate d'une histoire bien plus ancienne.
Un plateau façonné par le vent et l'eau
Le plateau du Lassithi se situe à environ 800 mètres d'altitude, ceinturé de montagnes qui canalisent le vent sur toute sa surface une grande partie de l'année. La Crète ne possède pas de grands cours d'eau, et ce bassin en particulier dépend des eaux souterraines plutôt que des ruisseaux de surface, si bien que les agriculteurs ont eu besoin, génération après génération, d'un moyen de remonter l'eau efficacement sans combustible. Le moulin-pompe éolien fut la réponse: une tour légère en métal ou en bois, coiffée d'un rotor à voiles de toile, conçue pour s'orienter automatiquement face au vent et actionner une simple pompe à piston en dessous. Ces machines ne moulaient pas le grain, elles servaient uniquement à déplacer l'eau, et au plus fort de leur usage, la plaine en était réellement constellée, champ après champ.
Un artisanat plus ancien: les moulins de pierre à grain
Bien avant que le plateau ne se couvre de moulins-pompes, la Crète possédait déjà sa propre tradition de moulins à vent, plus proche de ce que l'on rencontre dans le reste de l'Égée. Des tours coniques en pierre, de forme semblable aux moulins bien connus des Cyclades, se dressaient jadis sur les crêtes et versants balayés par le vent, près des villages disséminés sur l'île, construites pour capter les forts vents saisonniers qui traversent l'Égée en été. Ces moulins à grain utilisaient des ailes en treillis de bois recouvertes de toile plutôt que les rotors en éventail des pompes du plateau, et leurs murs de pierre épais étaient bâtis pour résister aux mêmes rafales qui les faisaient tourner. Beaucoup subsistent aujourd'hui à l'état de ruines ou de coquilles restaurées au-dessus des villages de la campagne crétoise, plus discrets et bien moins photographiés que leurs cousins du Lassithi, mais participant de la même relation fondamentale entre le relief de l'île et son vent.
Moudre le grain par le vent plutôt qu'à la main ou grâce à la force animale relevait d'une nécessité pratique sur une île où les sites propices à la meunerie hydraulique étaient rares. Les villages incapables d'entretenir un moulin à eau en construisaient souvent un à vent, généralement à l'endroit le plus élevé et le plus exposé des environs, car altitude et exposition garantissaient un vent plus régulier tout au long de la journée de travail. Il en résulte, disséminé sur les hauteurs de Crète, un semis de tours qui n'a que peu à voir avec le tourisme et tout à voir avec les lieux où le vent souffle réellement le plus fort.
Construire pour le vent
Les deux types de moulins crétois répondaient, chacun à sa manière, au même défi technique: capturer une ressource imprévisible et la transformer en travail régulier et exploitable. Les moulins de pierre à grain reposaient sur des murs épais et arrondis capables d'encaisser des rafales de tempête pendant des siècles, avec un toit ou un rotor orientable face au vent dominant et des voiles que l'on ferlait ou déployait selon les conditions, un peu comme le gréement d'un navire. Les moulins-pompes du Lassithi adoptèrent une approche plus légère et plus moderne, avec des structures métalliques et un mécanisme de type gouvernail qui maintenait le rotor face au vent sans intervention manuelle, permettant à un seul agriculteur de gérer de nombreuses machines réparties sur des champs dispersés plutôt que de s'occuper d'un unique grand moulin à temps plein.
Pourquoi les voiles se sont tues
Les moulins-pompes du Lassithi connurent leur période la plus active au milieu du vingtième siècle, lorsque l'agriculture de la plaine dépendait entièrement de l'eau qu'ils remontaient. Avec l'arrivée de pompes diesel puis électriques, bon marché et fiables, les agriculteurs se sont peu à peu détournés de l'énergie éolienne, ces pompes motorisées fonctionnant qu'il vente ou non et exigeant bien moins d'attention quotidienne. Au fil des décennies suivantes, les voiles de toile ont été démontées champ après champ, et aujourd'hui seule une poignée reste gréée et tournante, surtout à l'intention des visiteurs plutôt que pour l'irrigation. Les tours métalliques restantes, avec ou sans voiles, demeurent visibles disséminées à travers la plaine, un paysage façonné par des machines qui n'accomplissent plus la tâche pour laquelle elles avaient été bâties.
Les moulins comme repère
Même dépouillés de leurs voiles, les moulins du plateau du Lassithi sont devenus l'une des images reconnaissables entre toutes de la Crète, imprimés sur des cartes postales et illustrant les guides de voyage bien avant que le tourisme de masse n'atteigne véritablement l'île. Quelques-uns ont été restaurés spécialement pour que leurs voiles puissent à nouveau tourner, donnant aux visiteurs une idée de ce à quoi ressemblait autrefois la plaine tout entière en mouvement. Les cafés et tavernes disséminés sur le plateau se saisissent volontiers de cette histoire, se nommant souvent d'après les moulins ou exposant d'anciens mécanismes de pompage aux côtés d'équipements d'irrigation plus récents, traitant les moulins moins comme des vestiges oubliés que comme une part vivante de l'identité du plateau.
Des traces au-delà du Lassithi
Si le Lassithi abrite la concentration la plus célèbre, des vestiges de moulins apparaissent ailleurs en Crète, en particulier dans l'est, plus sec et plus venté, autour de Sitia, et dans des villages perchés sur des versants exposés plus à l'intérieur des terres. Il s'agit presque toujours de l'ancien type de moulin de pierre à grain plutôt que des tours-pompes métalliques du plateau, et beaucoup ont été réaffectés au fil du temps, transformés en petites chapelles, en entrepôts ou en habitations privées, tout en conservant leur forme ronde caractéristique en pierre. En marchant ou en roulant à travers la Crète rurale, il n'est pas rare de repérer une tour de pierre isolée sur une crête bien avant de réaliser qu'il s'agissait autrefois d'un moulin en activité, un rappel discret que la force du vent n'a jamais été confinée à un seul plateau ici.
Visiter le plateau aujourd'hui
La route qui grimpe vers le plateau du Lassithi traverse encore une série de cols de montagne étroits avant que le paysage ne s'ouvre soudainement sur un vaste bassin plat cerné de sommets, un changement de décor assez saisissant pour que bien des visiteurs s'arrêtent simplement pour le contempler. Les villages en bordure de la plaine, dont Tzermiado et Psychro, offrent de bons points de départ pour explorer à pied ou en voiture, et la grotte dictéenne toute proche, associée dans la mythologie grecque à la naissance de Zeus, donne à beaucoup de voyageurs une seconde raison de monter depuis la côte. En combinant les deux, une courte marche à travers des terres cultivées ponctuées de tours de moulins anciennes et parfois restaurées, en route vers une grotte chargée de légendes, on obtient l'une des excursions d'une journée les plus riches en couches de l'île.
Vent, relief et mode de vie
Ce qui relie les deux traditions, c'est le relief crétois lui-même: des plateaux élevés et des crêtes exposées qui canalisent le vent assez régulièrement pour qu'il ait valu la peine de l'exploiter, que ce soit pour moudre le grain il y a des siècles ou pour pomper l'eau d'irrigation plus récemment. Les montagnes de l'île, si souvent photographiées pour leur paysage, expliquent aussi pourquoi les moulins à vent s'y sont implantés, et pourquoi deux types de moulins bien différents, construits à des générations d'écart et pour des usages distincts, ont fini par partager la même île. Considérés ensemble, les moulins de pierre à grain et les pompes à voiles de toile dessinent une esquisse chronologique de la manière dont les Crétois ont mis le vent au travail.
Sur la carte
Les moulins-pompes du plateau du Lassithi et les moulins de pierre plus anciens disséminés sur les crêtes et les villages de Crète sont tous deux localisés et consultables sur la carte interactive, aux côtés des moulins et moulins historiques recensés ailleurs en Grèce et dans le reste du monde. Zoomez sur l'est de la Crète pour voir à quel point la plaine était autrefois constellée de voiles, ou dézoomez pour la comparer aux traditions meunières éoliennes d'autres îles. La carte constitue un bon point de départ pour préparer une visite qui dépasse la simple image de carte postale du Lassithi.